Aux abords de mai
La lumière au rez-de-chaussée
Lise convoqua le plus de monde possible en Salle Uriel pour lancer l’expédition Bibliothèque. Les ordres furent clairs : ne pas se séparer, obéir au repli même si c’était dur, privilégier la communication. Ayanna, Miguel, Harold et son compagnon, Sylas, Ana partirent avec elle. Ils ne rapportèrent rien — sinon Lise dans un caddie.
Le groupe fut débordé. Les cris attirèrent trop de monde. Sylas finit par lancer un molotov pour s’en sortir. Un arbre près de la caserne prit feu. On parle d’une créature qui arracha à Miguel une partie de la main. Tout le monde rentra. Sauf lui.
Pour la première fois depuis longtemps, Lise rentra sans le calme habituel sur le visage. La colère y paraissait, par-dessus la douleur. Elle n’accorda à Ana ni regard ni mot. Harold l’emmena chez Elodie. Ils parlèrent longtemps ensuite.
Miguel ne remonta pas ce soir-là. Ni les suivants. Ceux qui regardèrent par les fenêtres du bâtiment d’à côté aperçurent une lumière au rez-de-chaussée des Châtaignes. Personne n’osa aller frapper.
Depuis, on le voit sortir seul. Tenue de pompier, batte en main, caddie vide, direction la ville. Il revient plus tard, le caddie chargé d’on ne sait quoi. La porte se referme derrière lui. Certains soirs, la lumière s’allume encore au rez-de-chaussée. Personne n’aime s’attarder à cette fenêtre.