Premier mois enfermé

Vie en quarantaine et premières affinités

Les jours se ressemblaient. À force, certaines mains se reconnurent. Lise, la jeune femme aux contes, demanda un soir aux enfants d’aller s’excuser auprès du vieux Serge qu’ils avaient embêté. En échange, elle leur promit une histoire de gros chat à plumes et de cape noire. Elle griffonnait beaucoup dans un carnet, attentive à ne pas gâcher le papier.

Un soir, dit-on, un homme rejoignit le petit groupe qui discutait dans les parties communes. Il leur proposa de descendre « parler sport » au garage. Tous y descendirent. Lise remonta seule par l’ascenseur, boitant un peu, la main sur la hanche. Après ça, elle prit l’habitude : quand des plus jeunes s’orientaient vers le garage, elle les ramenait ailleurs.

Des têtes se faisaient connaître. Elodie, jeune infirmière au sourire rassurant. Alain, dans les cuisines et les stocks. Ayanna, à parler longuement avec les militaires de la porte. Et puis des adolescents qui se rapprochaient doucement de Gabriel, lequel ne forçait rien — il squattait la salle de jeux avec eux comme s’ils avaient toujours été ses potes.

À cette époque-là, on ne voyait plus Gabriel fumer sa substance verdâtre. Sylas, lui, économisait sa flasque comme une monnaie pour plus tard. Et la nuit, dans l’ombre du sous-sol, il répétait de vieux gestes en silence, comme s’il se préparait à devoir fuir.

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